Petit mais costaud !
Locotracteur à voie étroite O14
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Pourquoi passer à un locotracteur à voie étroite ? Et pourquoi un truc Est-Allemand ?

Pour cela, il faut remonter à l'exposition de Châtellerault en 2008. Ayant apporté ma contribution au nouveau réseau à voie étroite au 1/43ème de Matthieu et François "Le Gemmage des Landes" avec des fougères en photogravure, j'étais, dans le cadre du Club de Sedan, convié à participer avec eux à cette exposition. J'ai pu ainsi faire plus amplement connaissance avec des afficionados de la voie étroite : l'Escadrille St-Michel.
Surpris devant la qualité de réalisation en laiton du locotracteur Moyse BNC en HO, ceux-ci me conseillèrent, voire même me persuadèrent (avec le poids supplémentaire de mes camarades sedanais...) de réaliser un locotracteur à voie étroite en O14 (1/43,5e à voie de 14mm d'écartement, reproduction à l'échelle de la voie de 60).
Séduit par le côté obscur de la force, je répondis favorablement à leur demande.
Restait à trouver un engin sympa, jamais reproduit par un artisan, et facile à motoriser. Après différentes recherches sur le net, mon intérêt se porta sur un locotracteur produit en grande quantité dans les années 50 : le LKM Ns-1.

Le souci c'est que cette petite bête a été construite par LKM, qui signifie Lokomotivbau Karl Marx. Cette ancienne usine O&K fait donc partie du bloc communiste d'Allemagne de l'Est (RDA).  Son catalogue avait donc à l'époque une distribution très restreinte. Mais leur fiabilité fait qu'on en trouve encore en grande quantité en service aujourd'hui, que ce soit dans les touristiques comme dans les tourbières, et ce même de l'autre côté de l'ancien rideau de fer.

L'élément décisif a été de pouvoir trouver facilement une documentation précise et complète, et en particulier des plans côtés de l'engin et de ses différents composants (boite de vitesse, gueuses, leviers...).

Et après tout l'objectif était de n'en produire que deux ou trois. Mais l'enthousiasme pour cette adorable petite machine, a fait que je me suis retrouvé avec une commande de près de 12 engins, rien que pour les copains...
Il fallait donc dans la conception, le penser comme un kit qui pourrait être vendu comme un artisan et monté par n'importe quel novice en la matière.

C'est donc parti pour la conception manuelle du kit. Tout comme pour le locotracteur Moyse, je n'utilisais pas à cette époque de logiciel de conception 3D. Les plans et études de pliage étaient donc dessinés à la main sur une feuille de papier, puis un logiciel de dessin vectoriel était utilisé pour mettre au propre et aux bonnes dimensions les différentes pièces du kit, et ce pour chaque face du typon (film noir et blanc servant à sensibiliser les plaques de laiton pour la gravure à l'acide de chaque côté. Un tutoriel sera abordé à ce sujet prochainement).
Preuve en image, de la primo-étude de motorisation à partir d'un moteur classique Mashima et d'une cascade d'engrenage. On me suggère alors d'utiliser un motoréducteur de marque Faulhaber de type 2020 (20mm de diamètre par 20mm de long), dieu de la motorisation chez les intéressés. Il est vrai que ce petit bijou allemand est d'une fiabilité et d'une précision à faire pleurer les japonais. Seul soucis à l'époque, il devenait difficile de s'en approvisionner. Le kit est alors à concevoir pour les versions A et B, encore disponible sur les marchés parallèles et à la vitesse de rotation correcte.
Mais l'utilisation de ce motoréducteur obligera à tricher très légèrement dans les dimensions du capot pour pouvoir y caser la bête. Visuellement, le locotracteur parait un peu plus trapu, sans être pour autant disproportionné.

Certains éléments du kit sont donc gravés pour valider les volumes et la faisabilité de montage. On commence par le châssis puis le capot moteur. Certaines corrections sont effectuées.
Le premier souci rencontré concerne la transmission entre le moteur et les roues. Je réfléchis dans un premier temps à une transmission par courroie croisée. Mais celle-ci saute souvent; pas pensable !
On retourne alors sur le papier avec le plan à l'échelle O, munis d'un réglet et d'un compas. J'en arrive à une transmission par vis-sans-fin. Un pignon satellite permet de garder le moteur à bonne distance, sans réduire encore plus la vitesse du locotracteur. Une courroie est même utilisée pour transmettre l'effort au deuxième essieu tout en gardant du réalisme; en effet une chaine est utilisée sur l'engin réel.
La partie principale, la motorisation étant terminée et son prototype validé, je m'attaque au reste de l'engin. Gravure d'un ensemble de plaques de laiton de différentes épaisseurs. Certaines pièces seront à modifier, d'autres supprimées pour une autre méthode, tel que les barreaux de la calandre.
Le capot ayant certaines formes arrondies amènera un peu de piquant au montage. Mais il faut souffrir pour être beau ?!
Le laiton plus souple que d'autres kits, facilitera grandement la manœuvre de pliage.

Mais certains composants ne peuvent être obtenus par pliage ou emboitement de morceaux de laiton. Il faut donc créer des modèles maîtres qui seront ensuite moulés en résine ou métal blanc. Je commence par les boites d'essieux à partir de laiton. Puis viennent les gueuses faites en carte plastique... Le résultat est pas mal mais ne me convient pas, et puis il me reste la complexe boite de vitesse.
C'est à ce moment que je commence à réfléchir à la conception par ordinateur pour une impression 3D, technologie encore peu courante et chère à cette époque. Mais soyons fou, il faut bien se lancer un jour...
Maitrisant ces logiciels, je me jette enfin à l'eau et dessine très rapidement ces pièces. Je passe alors par une boite de conception sur Paris (IDO) qui m’accueille même chaleureusement dans ses locaux pour m'expliquer le fonctionnement de la stéréolithographie 16 microns et ce qui va et ne va pas sur mes pièces pour l'impression.
Je fais les modifications, puis commande mes pièces. Ce n’est pas donné, mais le résultat est au rendez-vous, en particulier sur des crics et jerrycans que j'ai fait faire dans la foulée.

Un léger nettoyage et polissage, un peu de silicone, du talc, et une casserole de métal blanc sur la gazinière de ma cuisine. Du persulfate de bouffé pour toutes les plaques, en particulier celles de 0,5mm d'épais. Les kits sont enfin prêts.
Plusieurs seront montés immédiatement par certains, d'autres mis au placard jusqu'à des jours meilleurs...

Le succès du Ns-1 me permettra de lancer l'étude et la production de son digne successeur, le LKM Ns-2. Mais au vu de la forte demande, ce dernier sera commercialisé sous le nom de Truckteur Models à près de 40 exemplaires.
Aujourd'hui je reçois encore des demandes pour les kits des Ns-1 et Ns-2. Actuellement, une nouvelle fournée n'est techniquement pas réalisable pour moi. Mais il n’est pas exclu que dans un proche avenir un tirage limité ne soit pas réalisé... ;-)
Caractéristiques
Locotracteur LKM Ns-1
Construction en laiton
Échelle 1/43,5ème (O14)
Écartement 14mm
2009
Engin digital
État actuel : Terminé
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